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AtLasNews NON STOP--USFP. Driss Lachgar seul en course pour sa reconduction-La RĂ©publique du Malawi a dĂ©cidĂ© de retirer sa reconnaissance de la RASD qu’elle a reconnue le 6 mars 2014, et de maintenir une position neutre vis-Ă -vis du conflit rĂ©gional autour du Sahara-2017 sera l'annĂ©e d'un nouvel Ă©lan pour le partenariat entre l'Europe et l'Afrique», a dĂ©clarĂ© Frederica Mogherini, la haute reprĂ©sentante de l’Union europĂ©enne- Le parc Internet a marquĂ© une hausse de 26% au cours du 1er trimestre de 2017 par rapport Ă  une annĂ©e auparavant, s'Ă©tablissant Ă  prĂšs de 18,3 millions d'abonnĂ©s avec une pĂ©nĂ©tration de prĂšs 54%----.-->

N° 69, Novembre 2018 /// ISSN 2110-5464

JĂ©rĂŽme Ferrier : « Du gaz pour l’électrification des pays africains ! Â»

À l'occasion du congrĂšs mondial de cette industrie, qui se tient Ă  Paris, JĂ©rĂŽme Ferrier, prĂ©sident de l'Union internationale du gaz (UIG), a rĂ©pondu aux questions de "Jeune Afrique" sur les dĂ©fis gaziers qui touchent particuliĂšrement le continent.

 

Le CongrĂšs mondial du gaz s’est ouvert ce 1er juin 2015 au Parc des expositions de la porte de Versailles Ă  Paris. Sous la houlette de JĂ©rĂŽme Ferrier, prĂ©sident de l’Union internationale du gaz (UIG), plus de 3 500 professionnels du secteur – dont quelques 130 Africains – se rencontrent pour Ă©changer : modalitĂ©s de production d’électricitĂ© Ă  partir de gaz, fabrication de Gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL), questions environnementales et logistiques, Ă©volution des marchĂ©s, modĂšles Ă©conomiques les plus pertinents
 autant de sujets qui seront particuliĂšrement discutĂ©s cette annĂ©e.

 

Le Français, qui rend son tablier Ă  la fin de la manifestation, a rĂ©pondu Ă  nos questions sur les dĂ©fis gaziers qui touchent particuliĂšrement le continent. C’est l’AmĂ©ricain David Carroll, du Gaz Technical Institute de Chicago qui prendra sa suite Ă  la fin du congrĂšs le 5 juin.

 

Que peut-on attendre d’un Ă©vĂšnement comme le CongrĂšs mondial du gaz ?

 

C’est la « famille » gaziĂšre qui se rĂ©unit. Il ne s’agit pas d’une manifestation de lobbying – d’ailleurs, il y aura peu de reprĂ©sentants politiques -, mais plutĂŽt d’un lieu d’échange entre des experts issus des entreprises du secteur – notamment des plus grandes comme Total, Chevron ou Engie (Ex GDF Suez) – et institutions du secteur, issus de 91 pays. Le gaz est une partie de la solution pour une planĂšte durable, il s’agit de rĂ©flĂ©chir ensemble, de partager les meilleures pratiques. C’est d’ailleurs la raison de la prĂ©sence de Laurent Fabius, qui sera prĂ©sent non pas comme ministre français des Affaires Ă©trangĂšres, mais en tant que prĂ©sident la ConfĂ©rence des Nations Unies sur les changements climatiques de Paris (COP 21), prĂ©vue du 30 novembre au 11 dĂ©cembre 2015.

 

Quels sont les participants africains les plus impliqués ?

 

Depuis mon arrivĂ©e Ă  la tĂȘte de l’Union internationale du gaz en 2011, le nombre de pays africains membres a augmentĂ© : le Maroc, la CĂŽte d’Ivoire et la GuinĂ©e Equatoriale sont venus s’ajouter Ă  l’AlgĂ©rie, la Tunisie, l’Égypte, le Cameroun, le Nigeria, l’Angola et le Mozambique. La plupart d’entre eux dĂ©tiennent des rĂ©serves gaziĂšres, mais certains ne sont que consommateurs.

 

Chaque pays membre envoie des dĂ©lĂ©guĂ©s -issus des ministĂšres, institutions et entreprises – au CongrĂšs mondial du gaz. Les plus gros contingents viendront des deux producteurs africains de gaz les plus importants actuellement : le Nigeria et l’AlgĂ©rie, avec, pour cette derniĂšre, des reprĂ©sentants de la Sonatrach, trĂšs impliquĂ©e pour cette Ă©dition de Paris. Mon seul regret est toutefois de n’avoir pas pu encore convaincre deux pays au potentiel gazier majeur : le Congo-Brazzaville, que je connais bien pour avoir y avoir travaillĂ© pour Total, ainsi que le Gabon.

 

Que peut apporter une organisation comme la vĂŽtre aux pays africains ?

 

Des compĂ©tences pour dĂ©finir les meilleures modalitĂ©s pour un projet gazier ! Et en particulier pour l’utilisation du gaz pour la production locale d’électricitĂ©. Les premiers projets africains ont mis Ă©normĂ©ment de temps Ă  voir le jour : celui de Boni, au Nigeria, dans lequel j’ai Ă©tĂ© impliquĂ© pour Total, a mis 14 ans avant d’entrer en production
 Au Nigeria, mais aussi au Mozambique ou au Cameroun, la plupart des projets gaziers africains sont uniquement tournĂ©s vers l’exportation. Or il est difficile voire impossible de changer en cours de projet la destination du gaz, dĂ©finis avec les bailleurs de fonds et investisseurs. L’UIG veut aider avec son expertise Ă  dĂ©velopper l’électrification grĂące au gaz, en partenariat avec le programme « Ă©nergies renouvelables pour tous » menĂ© par Kamde Yumkela, reprĂ©sentant spĂ©cial des Nations Unies, en association avec la Banque mondiale.

 

La conjoncture actuelle permet-elle l’avancĂ©e de tels projets en Afrique ?

 

La chute drastique des cours du pĂ©trole a eu un impact sur les prix du gaz, ce qui a ralenti voir gelĂ© les projets en cours de dĂ©veloppement, notamment au Mozambique, malgrĂ© son immense potentiel. Mais nous apportons notre expertise sur des projets en Afrique de l’Est – en Tanzanie, au Kenya et l’Ouganda – dĂ©finis dĂšs le dĂ©part pour qu’une partie du gaz serve Ă  la production d’électricitĂ© locale.

 

L’exploitation de gaz de schiste – dits non conventionnels – fait polĂ©mique en AlgĂ©rie. Qu’en pensez-vous ?

 

L’AlgĂ©rie – comme la plupart des grands pays producteurs de gaz comme la Russie – reste assez Ă©vasive sur sa stratĂ©gie gaziĂšre de long terme, notamment sur ses besoins intĂ©rieurs pour l’électrification. Le pays met en avant ses rĂ©serves non-conventionnelles notamment pour montrer sa capacitĂ© Ă  tenir ses objectifs d’augmentation de ses exportations gaziĂšres vers l’Europe qui sont censĂ©es doubler sur la pĂ©riode 2005-2030, atteignant 115 milliards de mĂštres cubes par an.

 

Les experts de l’UIG, notamment les AmĂ©ricains, qui ont le plus d’expĂ©rience en la matiĂšre, peuvent bien sĂ»r l’épauler dans ce domaine, en particulier sur les questions environnementales. Sans juger du bien ou mal-fondĂ© des projets gaziers algĂ©riens non-conventionnels, pour les dĂ©velopper, il faudra prendre en compte de nombreux paramĂštres : la taille des rĂ©serves, non divulguĂ©e Ă  ce jour, l’acquisition de nouvelles compĂ©tences techniques, la disponibilitĂ© en eau et, bien sĂ»r, les relations avec les communautĂ©s locales et la sĂ©curitĂ© dans le Sahara. L’AlgĂ©rie n’est pas l’AmĂ©rique
 À chacun son dĂ©veloppement gazier


Christophe Le Bec

Interview Gad Elmaleh : "on dit souvent que quelqu’un est “ka3i”, mais on ne sait jamais vraiment pourquoi"

 

 par   Meryem Saadi

Smyet bak ?


Euh, je ne sais plus, attendez, je l’ai au bout de la langue 



Smyet mok ?


Ah ça non plus ça ne vient pas, donnez moi quelques minutes



Nimirou d’la carte ?


C’était quelque chose 
 Je ne m’en rappelle plus du tout. D’ailleurs on vient de me dire que je dois faire une nouvelle, la biomĂ©trique. J’ai encore l’ancienne, Ă©norme et plastifiĂ©e.


Vous avez parfois la nostalgie du Maroc ?


Non, parce que je n’ai pas le sentiment de l’avoir quittĂ©. J’ai encore de la famille Ă  Casablanca, et des amis d’enfance, avec qui je suis toujours en contact. Et je me suis fait construire une villa avec piscine Ă  Marrakech, mon rĂȘve d’enfant (rires) ! J’y viens dĂšs que je peux. Et croyez-le ou pas, c’est lĂ -bas que je suis le plus inspirĂ© pour Ă©crire.


ça vous arrive d’aller faire un tour incognito dans les quartiers oĂč vous avez grandi Ă  Casa ?


Oui j’adore ça ! Je mets des lunettes de soleil et une casquette et le tour est jouĂ©, je peux me balader tranquillement. J’aime beaucoup marcher, me perdre, et observer les gens. Mais ce qui me fait toujours autant halluciner, c’est la folie de la circulation. Casa, c’est la seule ville au monde oĂč ce sont les piĂ©tons qui doivent mettre une ceinture de sĂ©curitĂ© (rires).


Vous trouvez qu’il y a une diffĂ©rence entre le public marocain et français ?


Bien sĂ»r. Ils ne rigolent pas toujours aux mĂȘmes blagues. Mais j’adore jouer au Maroc, on m’accueille avec Ă©normĂ©ment d’amour et d’affection. Lors de mes derniĂšres reprĂ©sentations, j’avais l’impression d’ĂȘtre Mick Jagger ! ça me mets Ă©galement beaucoup plus de pression que n’importe oĂč dans le monde. C’est comme jouer devant sa propre famille.


En décembre dernier, vous avez été élu 2Úme personnalité préférée des Français. ça vous a fait quoi ?


J’étais trĂšs content. Par contre ma mĂšre a rĂąlĂ© parce que je n’étais pas le premier ! Je plaisante, mes parents Ă©taient trĂšs fiers. Personnellement, je suis toujours heureux quand je reçois des rĂ©compenses, surtout quand elles viennent directement du public. ça te pousse Ă  aller plus loin.


Il paraĂźt que vous ĂȘtes fan du groupe Nass El Ghiwane ?


Oui, et la mort de Paco il y a quelques mois m’a beaucoup touchĂ©. Je les ai vraiment dĂ©couverts Ă  travers le documentaire Transes de Martin Scorsese. Ils Ă©taient vraiment dans un dĂ©lire particulier, Ă  la fois spirituel et surrĂ©aliste. Ils ont une histoire fascinante, on dirait qu’ils ont vĂ©cu dans un autre temps, dans un autre Maroc.


Vous Ă©coutez d’autres artistes marocains ?


Quelques-uns. Je suis toujours curieux de dĂ©couvrir les artistes qui font le buzz. Par exemple, ces derniers temps, j’écoute un peu Don Bigg. C’est vraiment intĂ©ressant ce qu’il fait. J’aime bien aussi Hoba Hoba Spirit, leur cĂŽtĂ© crĂ©atif et ludique. Sans oublier Oum, qui a une voix superbe. Je lui avais proposĂ© un jour de faire ma premiĂšre partie, mais on s’est perdus de vue.


En 2012, vous avez cartonné dans votre rÎle de footballeur dans Les seigneurs. Vous aimez le foot ?


Pas spĂ©cialement. Les Marocains m’ont toujours demandĂ© pour quel club j’étais, alors un jour j’ai dĂ©cidĂ© arbitrairement que c’était le Wydad. Il fallait trancher (rires). SĂ»rement parce que le nom de ce club m’inspirait plus que celui du FUS ou du Kawkab. Mais j’emmĂšne souvent mon fils au stade, c’est un grand supporter de Lyon.


Votre fils aime-t-il votre sens de l’humour ?


Pas toujours. Ce qui est gĂ©nial, c’est qu’il me dit quand il n’aime pas l’une de mes blagues. C’est pour cela qu’il assiste souvent Ă  mes spectacles. C’est le seul qui me dit la vĂ©ritĂ© en face (rires). Mais il me donne Ă©galement confiance en moi quand il apprĂ©cie ce que je fais. On a toujours besoin des proches pour nous rassurer.


Votre pĂšre est l’une de vos grandes sources d’inspiration. Il vous donne Ă©galement son avis ?


Il a un regard trĂšs critique, mais il n’a pas trop le sens de l’humour. Ça, je le tiens plutĂŽt de ma mĂšre. Mais tout comme elle, mon pĂšre n’arrive pas toujours Ă  trouver les mots pour me rassurer, mĂȘme s’il veut le faire. D’ailleurs c’est une particularitĂ© trĂšs marocaine. On ne sait pas formuler verbalement ce que l’on ressent.


Vous trouvez ?


Absolument. Chez nous, les gens sont trĂšs connectĂ©s entre eux, mais pas par le verbal, plutĂŽt par l’émotif et l’affect. Par exemple, on dit souvent que quelqu’un est “ka3i”, mais on ne sait jamais vraiment pourquoi. On n’explique jamais les raisons, parce qu’on ne sait pas les formuler. C’est un vĂ©ritable problĂšme.


Vous pensez quoi des humoristes marocains ?


J’adore Hassan El Fad et Hanane El Fadili, ils sont Ă  mourir de rire. Mais en ce moment, celui qui m’épate c’est Miz. C’est devenu mon petit frĂšre, je ne le lĂąche plus (rires). Je me retrouve dans ce qu’il fait, parce que comme moi, il est dans le stand-up.


Vous ĂȘtes vraiment pote avec Jamel Debbouze dans la vie de tous les jours ?


Oui, on est vraiment proches, et cela depuis plus de 20 ans. A l’époque on Ă©tait jeunes et inconnus, et on venait d’atterrir Ă  Paris. On se donnait rendez-vous pour Ă©crire des sketchs et on se demandait comment on allait faire pour percer. J’espĂšre vraiment qu’un jour on fera un vrai projet ensemble.


Vous ĂȘtes devenu une figure incontournable du cinĂ©ma français. Vous suivez un peu le cinĂ©ma marocain ?


Bien sĂ»r. DerniĂšrement, j’ai vu Les chevaux de Dieu de Nabil Ayouch. Un film fort et courageux, qui m’a vraiment bouleversĂ©. Ayouch a une rĂ©flexion intelligente, il cherche plus Ă  poser des questions qu’à trouver des rĂ©ponses. En tant que gamin de Casa, ce film m’a fait particuliĂšrement mal au cƓur. C’est vrai que je n’ai jamais vĂ©cu dans la misĂšre, mais les destins des enfants casablancais me prĂ©occupent vraiment. C’est d’ailleurs pour cela que je suis impliquĂ© avec SOS village d’enfants, qui essaie de les protĂ©ger au maximum.


On dit que vous ĂȘtes quelqu’un de trĂšs stressĂ© et anxieux. C’est vrai ?


HonnĂȘtement, je suis beaucoup moins angoissĂ© que par le passĂ©, j’ai fait beaucoup de travail sur moi. J’ai appris Ă  relativiser avec l’ñge. Mais bon, je suis quand mĂȘme d’un tempĂ©rament anxieux, je ne suis pas le mec le plus relax de la terre.


Vos spectacles sont un vĂ©ritable message de tolĂ©rance religieuse. La montĂ©e en France de l’antisĂ©mitisme et de l’islamophobie, ça vous touche ?


Je suis conscient de ce phĂ©nomĂšne, et cela me prĂ©occupe beaucoup. Je pense sincĂšrement que les personnes qui crachent sur un mec en kippa ou sur une femme voilĂ©e sont ignorantes. Les campagnes antiracisme, les manifestations, c’est bien, mais c’est Ă  l’école oĂč tout se joue. Il faut commencer Ă  apprendre aux enfants l’histoire des peuples, pas juste celle de leur pays.



Antécédents



1971. Naissance Ă  Casablanca.



1988. Quitte le Maroc pour aller étudier à Montréal.



1997. Présente son premier spectacle en solo, Décalages.



2000. Naissance de son fils Noé.



2011. Obtient un rĂŽle dans Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne de Steven Spielberg.

Interview: Hamid Chabat : "Il faut des Chabat partout" au Maroc

 

 par Hamid Barrada

Élu Ă  la tĂȘte de l'Istiqlal malgrĂ© une succession verrouillĂ©e par la famille El Fassi, cet ancien tourneur au verbe haut invite tous les partis Ă  se doter d'une direction forte pour assumer les responsabilitĂ©s confĂ©rĂ©es par la nouvelle Constitution.

 

L'Ă©lection de Hamid Chabat Ă  la tĂȘte de l'Istiqlal le 23 septembre est un Ă©vĂ©nement majeur dont on ne tardera pas Ă  constater les multiples retombĂ©es. La succession d'Abbas El Fassi Ă©tait verrouillĂ©e. AprĂšs trois mandats et quatorze annĂ©es, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral avait choisi le Dr Abdelouahed El Fassi, le fils d'Allal El Fassi, fondateur du parti. Sa filiation valait programme et destin, et avait en outre la vertu d'inhiber toute vocation rivale. Ainsi, un Karim Ghellab avait toutes les qualitĂ©s pour briguer le poste : la cinquantaine, laurĂ©at d'une grande Ă©cole, ministre efficace, disposant d'un fief Ă©lectoral populaire. Mais dĂšs que le nom du fils a Ă©tĂ© avancĂ©, le prĂ©sident de la chambre a rengainĂ© son Ă©ventuelle candidature. Hamid Chabat, lui, ignore ce genre d'inhibition.

 

NĂ© le 17 aoĂ»t 1953 du cĂŽtĂ© de Taza, il gagne FĂšs aprĂšs le brevet pour frĂ©quenter une Ă©cole professionnelle. DiplĂŽme de tourneur en poche, il travaille Ă  la SociĂ©tĂ© des industries mĂ©caniques et Ă©lectriques de FĂšs (Simef), dirigĂ©e par un colonel. Ici, il n'est pas question de fonder un syndicat. Hamid Chabat le fait et crĂ©e une section de l'Union gĂ©nĂ©rale des travailleurs du Maroc (UGTM), proche de l'Istiqlal. En 1981, il est secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la section, puis de l'ensemble de la centrale. En dĂ©cembre 1990, il est Ă  la tĂȘte des manifestations qui tournent Ă  l'Ă©meute et provoquent l'intervention de l'armĂ©e avec Ă  la clĂ© tueries et destructions. Driss Basri, le ministre de l'IntĂ©rieur, l'accuse « d'avoir incendiĂ© FĂšs ». Le syndicaliste doit passer Ă  la clandestinitĂ©. On s'en prend Ă  sa femme, Fatima Tarik, future dĂ©putĂ©e, et Ă  son fils ĂągĂ© de 10 ans. Sorti de l'ombre un an aprĂšs, il cherche refuge dans le suffrage universel. DĂ©putĂ© de FĂšs en 1997, maire en 2003.

 

Au fil des luttes, le syndicaliste s'est forgĂ© une personnalitĂ© ou plutĂŽt un personnage hors du commun. Chabat est d'abord une grande gueule qui ne craint rien ni personne. Excellent orateur, il aime le baroud et n'est pas, paraĂźt-il, regardant sur les moyens. À l'en croire, pas moins de 66 dossiers ont Ă©tĂ© montĂ©s pour l'abattre, dont la plupart ont Ă©tĂ© classĂ©s. Sur une affiche Ă©lectorale, il avait inscrit sous son portrait un verset du Coran : « Nous avons exaltĂ© ta renommĂ©e. » La citation a un parfum de blasphĂšme puisqu'il s'agit du ProphĂšte. « Et alors ? Le ProphĂšte Ă©tait analphabĂšte, et moi aussi ! »

 

Dans son bureau, sous le portrait d’Allal El Fassi, fondateur de l’Istiqlal, le 6 octobre, à Rabat.

 

En tant que maire, il avait à prendre une décision délicate touchant au projet banal d'élargissement d'une avenue. L'opération supposait la destruction d'un mur du Palais. Il revenait au wali d'adresser la demande au cabinet royal. Pas fou, le haut fonctionnaire refuse. Le maire le fait et obtient une réponse positive.

 

PĂ©ripĂ©tie de la bataille pour la direction de l'Istiqlal. Depuis toujours, le parti nationaliste, champion de l'arabisation Ă  tous crins, est gĂȘnĂ© par la question amazigh. Le Dr El Fassi a fait des dĂ©clarations chichiteuses qui reflĂštent cette gĂȘne historique. Chabat a clos le dĂ©bat en publiant son programme Ă  la fois en arabe et en berbĂšre.

 

À propos de la victoire de Chabat, Tawfiq Bouachrine Ă©crit dans Akhbar Al-Youm : « Voici venu le temps du populisme. » On assiste en effet Ă  une sorte d'exode rural avec de nouvelles Ă©lites envahissant les chasses gardĂ©es de la politique. Il faudrait dĂ©sormais s'habituer Ă  un langage moins policĂ©, Ă  des mĂ©thodes plus directes et peut-ĂȘtre Ă  un surcroĂźt de sincĂ©ritĂ© et d'authenticitĂ©.

 

Avec Chabat, Abdelilah Benkirane, le président du gouvernement, aura un partenaire incommode. Rival ou allié ? Dieu seul le sait. Ils ont plus d'un trait en commun, en particulier un certain goût pour le show politique, ce qui risque d'exacerber leurs inévitables frictions.

 

La chabatisation devrait atteindre l'Union socialiste des forces populaires (USFP), qui va renouveler sa direction en dĂ©cembre. Un homme qui a un profil comparable, comme Driss Lachgar, a le vent en poupe. Ces changements concomitants au sommet vont-ils favoriser la rĂ©surrection de la Koutla ? Enfin, le Parti AuthenticitĂ© et ModernitĂ© (PAM) apparaĂźt comme le principal perdant de la nouvelle donne. La recomposition attendue du paysage politique se fait sans lui, et personne ne parle plus de son rĂȘve d'ĂȘtre demain l'alternative Ă  la coalition autour du Parti de la justice et du dĂ©veloppement (PJD).

 

Et le roi dans tout ça ? Il se tient rĂ©solument Ă  l'Ă©cart des remous au sein de l'Istiqlal. Les prĂ©rogatives d'arbitre suprĂȘme, confĂ©rĂ©es par la Constitution, lui conviennent parfaitement. Elles donnent au moindre de ses gestes un surcroĂźt de retentissement et d'autoritĂ©. En qualifiant Hamid Chabat de « militant de proximitĂ© », il a adoubĂ© son itinĂ©raire prolĂ©tarien et au passage son combat contre les lointains nantis. Tout cela sans s'en mĂȘler. L'intĂ©ressĂ© Ă©tait comblĂ©.

 

Jeune Afrique : La désignation d'un nouveau leader de l'Istiqlal a intéressé, voire passionné les Marocains...

 

Hamid Chabat : Ce n'est pas Ă©tonnant. Au-delĂ  du choix dĂ©mocratique du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, c'est la dĂ©mocratie elle-mĂȘme qui Ă©tait en jeu. Pour la premiĂšre fois dans son histoire, le plus vieux parti du Maroc donnait l'occasion Ă  ses militants de choisir eux-mĂȘmes leur chef. Or, aprĂšs le Printemps arabe et ses rĂ©percussions dans le royaume, la dĂ©mocratie est dĂ©sormais devenue l'affaire de tous. La nouvelle Constitution donne au gouvernement et Ă  son chef ainsi qu'au Parlement des responsabilitĂ©s Ă©tendues, lesquelles accroissent par voie de consĂ©quence le rĂŽle des partis. Dans son discours du 9 mars 2011, le roi a fait ce qu'il avait Ă  faire. Depuis, la balle est dans le camp des partis. C'est clair : la rĂ©forme des institutions passe par la rĂ©forme des partis.

 

Vous avez appelé à un « printemps istiqlalien »...

 

C'est une maniĂšre de dire « dĂ©gage ! » Ă  ceux qui voulaient diriger l'Istiqlal comme Ben Ali ou Moubarak dirigeaient leurs pays respectifs. À l'Istiqlal, la dĂ©mocratie interne commence par le mode de dĂ©signation du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Depuis la disparition de son fondateur, Allal El Fassi, en 1974, le choix du leader se faisait par consensus au sommet, en dehors de toute concurrence. Pour Abbas El Fassi, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral depuis 1998, le choix se limitait Ă  la famille El Fassi. Neveu et gendre d'Allal El Fassi, il ne se voyait pas d'autre successeur que le propre fils du fondateur de l'Istiqlal, le Dr Abdelouahed El Fassi. En me portant simplement candidat au poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, j'ai provoquĂ© un sĂ©isme et bouleversĂ© ces calculs d'un autre Ăąge.

 

Le roi a fait ce qu’il avait à faire dans son discours du 9 mars 2011. Depuis, la balle est dans le camp des partis.

 

Comment a été présentée la candidature du Dr El Fassi ?

 

C'est Nizar Baraka [gendre d'Abbas El Fassi et actuel ministre des Finances, NDLR] qui a été chargé de cette tùche. Il fait partie d'une cellule plus ou moins informelle appelée « G10 ». Elle regroupe d'anciens ministres tels que Karim Ghellab [président de la Chambre des représentants], Adil Douiri, Yasmina Baddou, Tawfik Hjira... et il lui revient de réfléchir sur le programme. C'est au cours d'une réunion du « G10 », au début de 2011, que Nizar Baraka a déclaré que la succession du secrétaire général avait été tranchée. La famille El Fassi, révélait-il, s'était réunie et avait décidé de confier le parti au fils d'Allal El Fassi, le Dr Abdelouahed. Adil Douiri a aussitÎt réagi en s'opposant à l'initiative.

 

Et les autres ?

 

Ils Ă©taient gĂȘnĂ©s. Personne n'osait s'opposer Ă  la candidature du fils.

 

Comment avez-vous réagi ?

 

D'abord, je n'en savais rien, je ne l'ai appris que plus tard. Mais depuis trois mois je plaide pour le changement au sein du parti, lequel a besoin de sang neuf. J'ai expliquĂ© que le maintien du mĂȘme type de direction familiale n'Ă©tait plus acceptable. En Ă©voquant les mauvais exemples tunisien et Ă©gyptien, j'ai soutenu qu'un tel procĂ©dĂ© pour la sĂ©lection des dirigeants Ă©tait chargĂ© de pĂ©rils non seulement pour le parti mais aussi pour le pays lui-mĂȘme.

 

En mars, j'ai dĂ©cidĂ© de poser le problĂšme devant le « G10 », mais je n'ai fait que provoquer une grande gĂȘne. À l'Ă©vidence, les jeux Ă©taient faits. Toutes les portes Ă©taient closes.

 

Quel Ă©tait l'Ă©tat d'esprit dans le parti ?

 

La majoritĂ© voulait le changement, car le blocage Ă©tait au sommet. Au mois de juin, nous devions procĂ©der Ă  la tenue des congrĂšs rĂ©gionaux pour l'Ă©lection du Conseil national, qui dĂ©signe le comitĂ© exĂ©cutif et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Le Conseil est composĂ© de 996 membres, dont 450 sont Ă©lus par les congrĂšs rĂ©gionaux, les autres y siĂ©geant Ăšs qualitĂ©s : ce sont les inspecteurs [permanents, fonctionnaires rĂ©tribuĂ©s, au nombre de 80 environ], les parlementaires, les reprĂ©sentants des associations professionnelles ou d'organisations parallĂšles (femmes, jeunes...). Deux semaines avant le congrĂšs [du 29 juin au 1er juillet], la presse a parlĂ© de la candidature de Hamid Chabat. Il n'en fallait pas plus pour qu'Abbas El Fassi convoque le ComitĂ© exĂ©cutif. « Les candidatures, dĂ©clara-t-il, doivent ĂȘtre dĂ©posĂ©es devant le congrĂšs. Aucune ne sera recevable avant la tenue de celui-ci. » J'ai tout de suite rĂ©agi en lui rappelant que le Dr Abdelouahed El Fassi Ă©tait candidat depuis huit mois ! J'ai ajoutĂ© : « Je suis donc officiellement candidat au poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'Istiqlal et je demande solennellement au comitĂ© exĂ©cutif d'en prendre acte. » Nous Ă©tions le 23 juin 2012. Tout Ă©tait dit, et la sĂ©ance a Ă©tĂ© levĂ©e. La veille du congrĂšs s'est tenu un conclave autrement plus important rĂ©unissant les reprĂ©sentants de la famille.

 

Qui ?

 

Abbas El Fassi, bien sĂ»r, Nizar Baraka, Abdelouahed El Fassi, Hani, frĂšre de celui-ci, Samira Qoraich, la femme de Hani, Abdelmajid, le fils d'Abbas... et c'est au cours de cette rĂ©union que la direction du parti a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e pour des lustres et dans l'ordre suivant, chacun des hĂ©ritiers bĂ©nĂ©ficiant de deux mandats : 2012, Abdelouahed El Fassi ; 2020, Nizar Baraka ; 2028, Abdelmajid El Fassi. Le cycle se termine par Allal, fils d'Abdelouahed et petit-fils du fondateur de l'Istiqlal. D'Allal Ă  Allal, la boucle est bouclĂ©e.

 

C'est une plaisanterie ?

 

DĂ©trompez-vous. Ces gens-lĂ  vivent dans un autre monde.

 

La campagne électorale a été rude...

 

La veille du congrÚs, j'ai tenu une conférence de presse à l'hÎtel Farah, à Rabat, pour présenter les grandes lignes de mon programme. D'emblée, les enjeux étaient clairs : « le candidat du peuple contre le candidat de la famille. »

 

J'imagine que les interventions n'ont pas manqué pour vous faire renoncer...

 

En effet, elles se sont multipliĂ©es et elles provenaient souvent de personnalitĂ©s respectables. Et j'ai dĂ» raconter, la veille du congrĂšs, que j'avais fait un rĂȘve, ou plutĂŽt eu une vision : c'est Sidi Allal El Fassi qui me visitait en plein sommeil, Ă  l'aube. « J'ai fondĂ©, me dit-il, un parti pour le peuple marocain et voilĂ  qu'aujourd'hui mon fils veut en faire un parti pour la famille, contre ma volontĂ©. Je te demande Ă  toi, Hamid Chabat, fils du peuple, de sauver le parti et de le ramener Ă  sa vocation initiale. »

 

Vous avez fait le rĂȘve, oui ou non ?

 

Disons que je l'ai imaginé ! En tout cas, il a suffi que je le raconte à un alim [« savant »] de mes amis pour que cessent les pressions en faveur de mon retrait.

 

Vous ne l'avez emporté que par vingt voix...

 

Le vote est secret mais il n'est pas difficile de supposer que les membres du Conseil national, Ă©lus par les congrĂšs rĂ©gionaux, ou encore les parlementaires ont massivement votĂ© pour Hamid Chabat. Un savant fĂ©ru de numĂ©rologie est parvenu au mĂȘme rĂ©sultat par d'autres calculs [voir l'encadrĂ© ci-contre].

 

C'Ă©tait Ă©crit dans les chiffres

 

Sa victoire, Hamid Chabat s'est persuadĂ© qu'il la doit Ă  une volontĂ© mystĂ©rieuse d'essence divine. Il en a eu la « preuve » fournie par un savant fĂ©ru de numĂ©rologie. Ce dernier est venu le trouver Ă  l'issue d'un meeting pour lui soumettre l'Ă©quation suivante : en multipliant le nombre des votants (936) par 23 (23 septembre, le jour du vote), puis en divisant la somme obtenue par 9 (septembre), puis par 5 (mai, le mois de la fĂȘte du travail), on obtient 478. Exactement le nombre de voix recueillies par le leader syndicaliste. Il y croit dur comme fer et a effectuĂ© lui-mĂȘme l'exercice. À coup sĂ»r, Hamid Chabat est un homme complexe qui sacrifie Ă  l'occasion aux sciences occultes. C'est bon Ă  savoir. H.B.

 

Quelles sont les consĂ©quences de votre arrivĂ©e Ă  la tĂȘte de l'Istiqlal ?

 

Tous les partis vont vouloir se doter d'une direction forte pour assumer les responsabilités conférées par la Constitution, et ils pourront y parvenir dÚs lors qu'ils en auront la volonté. Ce qu'a fait Hamid Chabat à l'Istiqlal, d'autres peuvent le faire.

 

En somme il faut des Chabat partout ?

 

Oui, absolument.

 

Diriez-vous que le rapport des forces entre le PJD [Parti de la justice et du développement] et l'Istiqlal a changé au sein du gouvernement Benkirane ?

 

On parlait du gouvernement PJD. DĂ©sormais, ce sont le PJD et l'Istiqlal qui sont aux commandes.

 

Vous allez demander un remaniement ?

 

AprÚs l'adoption de la loi de finances, certainement au début de l'année prochaine. Avec l'Istiqlal, le PJD a désormais affaire à une direction forte qui doit se refléter sur la représentation du parti au gouvernement.

 

Il y aura des changements de ministres ?

 

C'est sûr.

 

Aux Finances ?

 

On devrait mettre fin Ă  une anomalie. Le dĂ©partement est dotĂ© de deux tĂȘtes : Nizar Baraka, ministre des Finances, et Driss El Azami, ministre du Budget. Le premier est Istiqlal, le second PJD. Ça ne doit pas durer. Il y va de la bonne marche du ministĂšre.

 

Que faut-il changer d'autre ?

 

Il faut profiter du remaniement pour accroĂźtre la reprĂ©sentation des femmes [limitĂ©e Ă  une seule actuellement] par le nombre et l'importance des ministĂšres qui leur seront confiĂ©s. MĂȘme raisonnement pour les personnalitĂ©s issues de nos provinces du Sud.

 

Je vais demander un remaniement aprĂšs l’adoption de la loi de finances, certainement au dĂ©but de 2013.

 

Vous souhaitez la reconstitution de la Koutla (qui comprenait l'Istiqlal, l'USFP [Union socialiste des forces populaires] et le PPS [Parti du progrĂšs et du socialisme]).

 

Ma proposition s'adresse d'abord aux socialistes, et j'ai bon espoir qu'elle sera bien accueillie. Dans la lettre de félicitations qu'il m'a adressée, Abdelouahed Radi, le premier secrétaire, a souhaité « poursuivre les relations historiques entre le parti de l'Istiqlal et l'USFP ».

 

Ce sont des propos de circonstance...

 

Pour moi, c'est un engagement.

 

Vous pensez vraiment que les socialistes accepteront de reconstituer la Koutla ?

 

C'est ainsi que j'ai interprété la lettre de leur premier secrétaire. Ils savent que le Maroc a besoin de la Koutla aujourd'hui, comme dans les moments cruciaux de son histoire. En tout cas, ils prendront leur décision lors de leur congrÚs, en décembre.

 

Vont-ils Ă©lire Ă  leur tĂȘte un autre Chabat ?

 

Driss Lachgar est bien placé, mais en vous le disant je risque de ne pas lui faciliter la tùche...

 

Pour ce profil, il y a aussi Abdelhadi Khairate, qui a déclenché la polémique avec le prince Moulay Hicham. Il ne vient qu'en troisiÚme position. Qu'en est-il du PAM [Parti Authenticité et Modernité] ?

 

Tous les partis seront touchés par la vague de démocratie interne. Mais le PAM a besoin d'une bonne décennie pour devenir un parti normal.

 

DĂšs votre Ă©lection, vous avez appelĂ© Ă  la formation d'un gouvernement d'union nationale : jusqu'oĂč iront ses frontiĂšres ?

 

L'union nationale concerne les partis qui ont des racines populaires et existent en dehors de l'administration. Ils sont connus : Istiqlal, USFP, PJD, MP [Mouvement populaire], PPS. Le PAM n'est donc pas concerné.

 

Dans sa lettre de félicitations, le roi a évoqué à votre sujet le « militant de proximité »...

 

J'y ai vu une bénédiction de la part de Sa Majesté, qui a parfaitement saisi mon itinéraire de fils du peuple et le sens de mon combat.

 

Quels sont vos rapports avec Fouad Ali El Himma ?

 

Je l'ai combattu durement lorsqu'il dirigeait en sous-main le PAM, lequel s'inspirait alors du Rassemblement constitutionnel démocratique tunisien [RCD] et risquait de mettre en péril le multipartisme, que je considÚre comme notre premiÚre richesse politique. Aujourd'hui, El Himma est conseiller du roi, et il n'y a pas de raison pour que nos relations ne soient pas normales.

 

Lors de l’entretien avec notre collaborateur, au siùge du parti, le 6 octobre, à Rabat.

 

 

Et avec Abdelilah Benkirane ?

 

Nous n'avons pas le mĂȘme parcours. Lui vient de la Chabiba Islamiya, qui Ă©voluait en marge de la lĂ©galitĂ©, et il a dĂ» apprendre Ă  agir Ă  l'intĂ©rieur des institutions et dans le respect de la loi. Moi, j'ai fait mes premiers pas dans la lutte syndicale et j'ai grimpĂ© les diffĂ©rents Ă©chelons de la responsabilitĂ©, aussi bien Ă  l'UGTM qu'Ă  l'Istiqlal, dans la transparence et la dĂ©mocratie. À la tĂȘte de la mairie de FĂšs depuis 2003, j'ai acquis une expĂ©rience prĂ©cieuse, en particulier dans la gestion des questions Ă©conomiques. Tenez, puisqu'au Maroc on aime bien imiter ce qui se fait en France, on devrait Ă©galement confier les affaires du gouvernement Ă  des hommes qui ont fait leurs preuves Ă  l'Ă©chelon local [allusion au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ex-maire de Nantes].

 

Vous souhaitez succĂ©der Ă  Benkirane Ă  la tĂȘte du gouvernement ?

 

Les élections sont prévues pour 2016, nous nous y préparons tous les jours et nous ferons tout pour les gagner. Mais je vous rappelle que c'est le roi qui désigne le chef du gouvernement. Je ne suis pas candidat pour le moment.

 

En fin de compte, Ă  qui devez-vous votre victoire sur la famille El Fassi ?

 

À la volontĂ© divine ! Outre la dĂ©termination de voix que j'ai obtenue par des calculs mystĂ©rieux [lire l'encadrĂ© ci-dessus], je vais vous raconter un autre fait qui m'a beaucoup troublĂ©. Au cours d'un meeting oĂč j'avais prĂ©sentĂ© mon programme, j'avais prĂ©cisĂ© que celui-ci se dĂ©clinait en dix-neuf points. À l'issue de la rĂ©union, un vĂ©nĂ©rable fqih est venu me voir pour me dire que ce chiffre avait un caractĂšre divin qui m'offrirait la victoire. Et de me citer des versets coraniques qui possĂšdent la mĂȘme vertu et qui comportent prĂ©cisĂ©ment dix-neuf lettres... Vous savez, nous ne savons pas tout, et la volontĂ© divine s'exerce au-delĂ  de ce que nous savons.