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N° 68, Mai 2017 /// ISSN 2110-5464

Mohamed Mediène, l'homme le plus mystérieux d'Algérie

 

Par Mireille Duteil

Décidément, la réputation d'opacité du système politique algérien n'est pas usurpée. Non seulement les Algériens vont élire demain à la présidence un candidat invisible - certes pour des raisons de santé -, mais ils vivent aussi depuis l'indépendance sous la tutelle pesante de services de renseignements dont ils ne connaissent pas le responsable, ignorent tout, y compris le visage. C'était vrai hier de Kasdi Merbah, le puissant patron de la sécurité militaire de Houari Boumédiène que la population a découvert dans les années quatre-vingt, quand il est devenu ministre. C'est vrai aujourd'hui du général Mohamed Mediène, dit Toufik, qui dirige, depuis septembre 1990, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), successeur de la sécurité militaire. Le DRS a pendant longtemps constitué, derrière le paravent d'un gouvernement civil, la réalité du pouvoir politique.

Cette opacité du régime algérien n'est pas tant le fait des hommes qui le dirigent que du "système" mis en place par Houari Boumédiène à l'indépendance, voire avant, dans les maquis. "Les hommes passent, les rouages demeurent", répétait Boumédiène, le deuxième chef d'État du pays. D'où cette permanence dans l'opacité de la décision politique qui est toujours prise de manière collégiale au sein de l'institution militaire (armée et services) lorsqu'il s'agit de questions vitales. Ce mode de fonctionnement déroute les observateurs incapables de répondre à la question : qui dirige l'Algérie ? À ce propos, l'hebdomadaire Jeune Afrique rapportait, il y a peu, la question posée par Nicolas Sarkozy à un ministre algérien : "Pourquoi votre pays est-il si opaque ?" "Parce que c'est justement ce qui fait notre force", lui aurait rétorqué le responsable.

 

 

Un "éradicateur" pour venir à bout des islamistes

 

Au sommet de ce mystérieux pouvoir algérien : le général Mohamed Lamine Mediène, le patron des services de renseignements, le DRS. Il est à la fois l'homme le plus puissant et le moins connu du pays, celui dont le nom et celui de son service entretiennent tous les fantasmes. Il n'existerait qu'une ou deux anciennes photos de Toufik, qui semble entretenir un mystère qui accroît son aura. Il y a quelques années encore, les Algériens baissaient la voix quand ils citaient son nom. Que sait-on de lui ? Il est né en 1939, en petite Kabylie, dans la région de Sétif, et passe son enfance à Bologhine, un quartier excentré de la capitale. Jeune, pendant la guerre d'indépendance, il rejoint l'Armée de libération nationale et est l'un des quatre officiers de l'ALN encore en exercice. Après 1962, il ne quitte pas l'armée et fait partie de ce qu'on appelle en Algérie la promotion "tapis rouge" : les militaires passés par l'école du KGB, les services de renseignements soviétiques.

Son avenir est tracé. De retour en Algérie, il occupe différents postes au sein de la sécurité militaire : chef d'antenne de la 2e région dont Chadli Bendjedid, le futur président, est le commandant en chef ; attaché militaire en Libye ; responsable de la sécurité à la présidence sous Chadli ; puis chef de l'important département de la sécurité de l'armée qui dépend des services de renseignements alors dirigés par le général Mohamed Betchine. En septembre 1990, Betchine quitte la direction de la sécurité militaire et Mohamed Mediène, nommé général, le remplace à titre transitoire. Vingt-quatre ans après, il est toujours le puissant patron des services de renseignements. La sécurité militaire a été rebaptisée Département du renseignement et de la sécurité (DRS) à l'arrivée de Mediène et rattachée directement à la présidence. Boumédiène qui se méfiait de la sécurité militaire les avait, à l'origine, mis sous son autorité pour les soustraire à l'état-major de l'armée et mieux les contrôler.

En décembre 1991, lorsque le Front islamique du salut (FIS) est sur le point d'emporter les élections législatives, le général Mediène fait partie, avec un groupe de généraux, dont le chef d'état-major, le général Khaled Nezzar, des "éradicateurs" qui organisent le coup d'État. Le second tour des législatives est annulé, le président Chadli Benjedid renvoyé dans ses foyers, des dizaines de milliers d'islamistes sont arrêtés et un haut comité d'État, présidence collégiale nommée par les militaires, mis en place. C'est un habillage derrière lequel se cachent les "éradicateurs". Ils vont tirer les ficelles du pouvoir pendant toute la sanglante guerre civile à laquelle Abdelaziz Bouteflika met fin après son élection à la présidentielle, en 1999. Les militaires lui ont demandé de se présenter et de devenir le premier président civil du pays.

 

Un animal à sang froid

 

Pendant toutes ces années, Toufik a transformé le DRS en un véritable État dans l'État. Les services de renseignements ont pris la tête de la répression des islamistes pendant la "décennie noire", les années quatre-vingt-dix. Ils infiltrent et manipulent les groupes terroristes, s'opposent à ceux (du pouvoir ou de l'opposition) qui veulent négocier avec le Front islamique du salut, contrôlent les médias, placent leurs hommes dans les entreprises, les administrations, les partis politiques, les associations.... On estime que le DRS compte quelque 100 000 agents.

Le général Mediène dispose de réseaux dans tous les milieux et sur l'ensemble du pays. Passionné de football et amateur de cigares, gros travailleur, parlant peu, fuyant les mondanités, il a la réputation d'être un calme introverti, un animal à sang froid apprécié de collaborateurs qui lui sont fidèles. C'est un homme trop puissant pour ne pas entretenir des rapports compliqués avec Abdelaziz Bouteflika, chef d'État impérieux qui entend bien être le seul responsable de la décision présidentielle. Pour le DRS, le pouvoir du premier président civil doit rester sous le contrôle de l'institution militaire et ne pas dépasser les limites d'El Mouradia, le palais présidentiel. Dès son élection, en 1999, Abdelaziz Bouteflika tente, à plusieurs reprises, de renvoyer l'armée dans ses casernes et de lui imposer la tutelle du pouvoir politique. En 2004, lorsque le chef d'état-major s'oppose presque publiquement à sa candidature et soutient son rival, Ali Benflis (déjà), Bouteflika obtient le départ du chef d'état-major, le général Mohamed Lamari, qui est remplacé par un homme sûr, le général Mohamed Gaïd Salah, encore en place.

Reste le DRS. Le général Mediène garde toutes les apparences d'un officier loyal à l'institution présidentielle. La présidence va tenter de l'évincer. En vain. Sous le couvert de la lutte contre la corruption, lors de leurs enquêtes, les agents des services visent des proches de l'entourage du chef de l'État, comme l'ancien patron de la Sonatrach, Chekib Khellil. Certains responsables sont envoyés en prison. Mais Abdelaziz Bouteflika et Toufik se tiennent "par la barbichette" et trouvent toujours des compromis. Ils ne sont rien l'un sans l'autre. Le patron du DRS soutient la réélection d'Abdelaziz Bouteflika en 2004, puis en 2009, après avoir appuyé, en 2008, la révision de la Constitution qui limitait le nombre des mandats présidentiels à deux.

Qui partira le premier ?

Ces derniers mois, le général Mediène ne semblait pas souhaiter que le président malade et très diminué physiquement postule à un quatrième mandat. À partir de l'été dernier, la querelle à fleurets mouchetés entre le DRS et l'état-major (pro-Bouteflika, ce qui n'est pas le cas de toute l'armée) s'exacerbe. Celui-ci rend le DRS responsable du fiasco de l'attaque de la base pétrolière près d'In Amenas, dans le Grand Sud algérien, par des islamistes en février 2013. Cette prise d'otages a entraîné la mort de plusieurs dizaines de salariés civils. Le DRS est accusé de ne pas avoir anticipé les mouvements des groupes terroristes. Le chef d'état-major, le général Mohamed Gaïd Salah, entend que le DRS s'occupe moins de politique et se cantonne à sa mission de renseignements pour assurer la sécurité du pays. Le président joue de la rivalité entre ces deux institutions qu'il entend contrôler. En septembre, l'organisation des services de renseignements est modifiée. Certaines directions passent sous le contrôle de l'état-major.

Le débat s'envenime en janvier lorsque le président Bouteflika est sur le point d'annoncer sa candidature à un quatrième mandat. Le parti FLN, pro-Bouteflika, affronte directement le DRS. Du jamais-vu. Les Algériens s'inquiètent de ces règlements de comptes mis sur la place publique, ce qui n'est pas dans les habitudes du pays. En février, une réunion des officiers supérieurs décide la mise à la retraite de généraux du DRS. Toufik voit partir une partie de sa garde rapprochée. Puis tout rentre dans l'ordre.

Que se passera-t-il demain entre les trois hommes forts du pouvoir algérien ? Tous trois appartiennent à la même génération, ce sont des septuagénaires qui vont passer la main à plus ou moins longue échéance. Abdelaziz Bouteflika va être réélu. Les rumeurs algéroises parlent d'un éventuel départ du général Gaïd Salah, mais il n'entend pas partir seul. Qui partira le premier ? Qui les remplacera ? Les Algériens veulent savoir si le changement des hommes se soldera par un changement du "système". Ils n'y croient guère. "Les hommes passent, les rouages demeurent...", répétait Boumédiène.

Racisme sur la toile

 

 

L'affaire Richard Millet agite le web identitaire. Ces sites radicaux prolifèrent sur la Toile où ils sont de plus en plus populaires.

"Je préfère encore que la race blanche disparaisse d'Ici à 100 ans comme prévu plutôt qu'elle serve éternellement d'esclave." Cette phrase d'un internaute sur un forum "patriote" est une goutte dans l'océan de rage et de haine des défenseurs de Richard Millet. Ils se déchaînent sur internet. Tribunes enflammées sur les sites de la droite radicale, commentaires acides sous les articles des sites de presse "traditionnelle", posts fielleux et complotistes sur les forums dédiés aux sujets fétiches de l'extrême-droite française... Le nom de l'auteur d'"Eloge littéraire d'Anders Breivik" crève l'écran de la réacosphère. Une poussée de fièvre comparable à celles qui ont suivi les crimes de Breivik ou de Merah.

 

Il faut dire que l'affaire Millet a un double avantage pour les réacs du Net. L'auteur incarne, d'abord, une caution intellectuelle pour leur lutte contre le multiculturalisme, pour leur combat contre une "Invasion Islamiste" qui serait "en marche contre l'Occident". La polémique leur permet ensuite de se maintenir dans une posture de de dénoncer leur ostracisation supposée à longueur posts sur les sites très fréquentés Fdesouche ou Liberty Vox.

 

Erigé en "patriote", Millet est victime d'un "lynchage", s'insurgent ses e-supporters. Le site islamophobe Riposte laïque n'y va pas non plus avec le dos de la cuillère pour secourir l'auteur, comparant les attaques à son endroit à un régime qui fit près de 2 millions de morts : "Hier, au Cambodge, on traquait le petit-bourgeois ennemi de la Révolution, aujourd'hui, en France, on pourchasse le patriote ennemi du multiculturalisme [...] dans le pur esprit des Khmers rouges de Pol Pot." Les contributeurs de ce site n'ont pas de mots assez durs contre la "caste médiatique et la clique antiraciste au service des puissants".

 

S'ils se retrouvent tous autour des mêmes peurs islamisation, théorie du complot, "multiculturalisme" ou "tyrannie de la bien-pensance" -, les sites de la réacosphère n'offrent pas le même visage. D'Enquête & débat, qui dit défendre la liberté d'expression, au mouvement d'extrême-droite radicale des Identitaires - Novopress - en passant par Stormfront, un forum racialiste fondé par un ancien membre du Ku Klux Klan, ces réseaux ont en commun de laisser s'exprimer la haine de l'autre. Plus ou moins ouvertement : certains forums, pour échapper à la loi, se retranchent en espaces clos auxquels on n'accède qu'avec un pseudo et un mot de passe, ou même via une adhésion concernant les forums privés du parti de Renaud Camus, In-nocence.

 

"On peut réussir a utiliser la puissance du Net pour faire passer un message différent, explique le fondateur de Novopress, Fabrice Robert. Nous cherchons dans notre média à donner une approche identitaire aux messages que nous véhiculons, un message d'enracinement." L'ambition est de devenir un contre-pouvoir.

 

Et depuis six ans le site fait partie des sources de Google Actualités, le plus puissant moteur de recherche d'articles. Leurs papiers côtoient ceux du "Nouvel Obs", de "Libération" ou du "Monde", sans qu'aucune mention ne spécifie aux lecteurs le caractère ultramilitant de Novopress. Grâce à cette formidable exposition, le site draine de 400 000 à 500 000 visiteurs uniques par mois selon son fondateur. Une fréquentation en hausse, tout comme celle de l'ensemble du web de droite extrême. Selon une étude de Linkfluence réalisée pour "le Monde", la proportion de blogs se rattachant à cette mouvance est passée de 4,4% en 2007 à 12,5% en 2011 ! Il faut dire que beaucoup de ces sites se renvoient la balle, grâce à des liens entre eux permettant de tisser une vaste toile.

 

Le profil des visiteurs et contributeurs ? "Il y a 1.000 portraits d'internautes sur ces sites : de droite comme de gauche, ouvriers comme étudiants, etc.", analyse le chercheur Yannick Cahuzac, spécialiste de l'extrême-droite sur internet. Pour lui, "le lien entre ignorance et xénophobie est à revoir". Commentateurs comme rédacteurs, des plus modérés aux plus extrêmes, érudits ou non, sont unis par une peur nourrie de polémiques successives qu'ils alimentent à leur tour : femmes voilées, minarets ou encore cantines halal... qu'ils y soient confrontés ou non. Une angoisse attisée aussi par le contexte international. Surtout lié à l'islam. "Le terrorisme islamiste depuis les attentats du 11-Septembre entretient particulièrement leur angoisse", souligne Yannick Cahuzac.

 

Ces thèmes attirent nombre d'internautes lambda sur ces sites. Ils se retrouvent avec le noyau dur des commentateurs, qui usent parfois d'artifices pour les radicaliser. Certains sites islamistes très actifs servent ainsi d'épouvantails, comme celui de Forsane Alizza, cités dans certains commentaires, et convainquent les nouveaux venus du "danger qui les guette".

 

Unis par la peur et la haine, ils se déchirent pourtant sur certains sujets. On retrouve ainsi dans les mouvances de la réacosphère les fractures traditionnelles de l'extrême-droite, des catholiques traditionnalistes prolife du Salon Beige aux skinheads de Stormfront en passant par les sympathisants FN, qui ont fait de Fdesouche leur résidence secondaire. Entre eux, les échanges d'amabilités sont courants. "Fdesouche c'est le nationalisme bas de gamme un peu bourgeois anti-islam", écrit un ultraradical de Stormfront.

 

Un autre parle même de "site enjuivé". Malgré ces divergences, certaines discussions virtuelles se prolongent dans le réel, comme en décembre 2010 lors de l'organisation à Paris des "Assises sur l'islamisation en Europe". Un événement né sur internet, qui avait d'ailleurs donné lieu à une plainte du Mrap contre Renaud Camus, l'un des intervenants.

 

"L'interdiction de ces sites n'est pas une solution, explique Yannick Cahuzac. Ils peuvent de toute façon se recréer ailleurs et capitaliser sur leur posture de martyrs, à l'Image du FN." Un avis partagé par Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet : "Il faut les laisser exister. Il y a une seule ligne à tenir : le respect des lois françaises sur le racisme, l'antisémitisme et la négation de la Shoah." "Sur certains sujets, ajoute-t-il, il faut leur répondre." Yannick Cahuzac, qui souhaite la multiplication des outils de vérification de l'information, appelle aussi à "ne pas laisser certains sujets uniquement aux mains de quelques mouvements ou partis. Il faut de la pédagogie, beaucoup de pédagogie".

 

par Estelle Gross et Céline Lussato

Maroc – Espagne : Les dossiers qui fâchent

 

 

Marocains et Espagnols se retrouveront bientôt pour évoquer les différentes questions restées en suspens après la visite de Mariano Rajoy, nouveau Chef du gouvernement espagnol, au Maroc. Avant-goût.

 

Lors de sa visite au Maroc, le nouveau président du gouvernement espagnol a évité d’évoquer les sujets qui fâchent ses hôtes marocains. On l’aura donc compris, Mariano Rajoy a plutôt effectué une visite protocolaire, sacrifiant ainsi à une tradition installée par ses

prédécesseurs : celle de réserver le premier déplacement officiel du Chef du gouvernement espagnol au Maroc. “Il voulait surtout dissiper les craintes qu’a suscitées, dans le royaume, l’accession du Parti Populaire au pouvoir en Espagne”, croit savoir un journaliste espagnol. Le nouveau responsable ibérique ne pourra cependant pas repousser indéfiniment l’étude des questions épineuses entre les deux pays. D’abord, parce que certains sujets sont d’une actualité brûlante (comme l’accord de pêche par exemple) et ensuite parce que le Maroc et l’Espagne ont convenu de la tenue, très bientôt, d’une haute commission mixte, dédiée aux thématiques bilatérales. Et elles sont nombreuses.

 

Accord de pêche vital

C’est l’une des priorités du nouveau Chef du gouvernement espagnol. La non-reconduction de l’accord de pêche entre l’Union Européenne et le Maroc a condamné une grande partie du sud espagnol au chômage technique. Plusieurs villes côtières d’Andalousie se sont en effet retrouvées privées de leur principale source de revenu : l’activité de la pêche. Sur place, la colère gronde et fait craindre le pire au chef du Parti Populaire (PP). “C’est une région traditionnellement socialiste mais que le PP a récemment pu récupérer. Si Mariano Rajoy ne trouve pas de solution rapide au problème de la non-reconduction de l’accord de pêche, l’Andalousie risque donc de se retourner contre lui et contre son parti”, analyse un expert des relations maroco-espagnoles.

 

Tout sauf Sebta et Melilia

Récemment interrogé par un journaliste sur le sort des deux villes, Mariano Rajoy a répondu (en substance) : “Je ne vois aucune différence entre Sebta, Melilia, Barcelone ou Madrid”. C’est que dans l’esprit du nouveau chef de l’Exécutif ibérique, il n’y a aucun débat ni négociation possible autour de la souveraineté des deux villes. “C’est l’une des thématiques sur lesquelles Rajoy est intraitable et qui pourraient créer des tensions entre les deux pays. Malgré son désir de se rapprocher davantage du Maroc, il n’hésitera pas à rejeter, en bloc, toutes les demandes allant dans le sens d’une co-souveraineté sur les deux villes par exemple”, analyse Nabil Driouch, journaliste installé en Espagne. Reste à savoir si, en face, le Maroc exigera l’ouverture immédiate de négociations à ce sujet ou s’il décidera de le mettre de côté, du moins pour le moment.

 

Et le Sahara dans tout cela ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le dossier numéro 1 chez les officiels marocains ne constitue pas une priorité pour le nouveau Chef du gouvernement espagnol. “Le Sahara est plutôt une thématique de gauche. L’électorat de droite n’y accorde pas une grande importance. D’ailleurs, démontre Nabil Driouch, ce sont souvent des familles et des activistes de gauche qui accueillent des enfants sahraouis en colonies de vacances ou qui organisent des meetings de solidarité avec le Polisario”. Que faut-il en conclure ? Rajoy pourrait-il changer la position de l’Espagne sur ce sujet ? “Il a sans doute plus de liberté pour en parler qu’un homme de gauche qui aura toujours peur de déplaire à son électorat, foncièrement pro-Polisario. Le Maroc pourrait en profiter pour marquer quelques points, d’autant que le royaume est aujourd’hui courtisé par des centaines d’entreprises espagnoles, à la recherche de nouveaux débouchés pour leurs produits et services”, analyse un observateur. Une nuance toutefois, le gouvernement central ne contrôle pas tout en Espagne. Même s’il tempère ses positions sur ce sujet, rien n’empêche les gouvernements locaux d’adopter des attitudes diamétralement opposées et de continuer ainsi à soutenir activement le Polisario.

 

Emigrés non grata

C’est un signe qui ne trompe pas. Pour la constitution de son équipe gouvernementale, Mariano Rajoy a supprimé le ministère de l’Emigration, le mettant sous la tutelle du département de l’Emploi. Les deux problématiques seraient ainsi liées, selon le nouveau président du gouvernement espagnol. Après l’échec du programme de départs volontaires lancé par son prédécesseur socialiste, il y a fort à parier que Mariano Rajoy passera à la manière forte. Les observateurs s’attendent en effet à ce que le nouvel Exécutif décide d’arrêter de verser des allocations aux émigrés chômeurs. Le renouvellement des titres de séjour risque également de devenir hors de prix pour un grand nombre d’étrangers installés en Espagne puisque les frais passeraient, selon différentes sources, de 20 à plus de 300 euros par personnes. “Cela fait plus de 1500 euros pour des familles dont les parents sont au chômage. Ces personnes basculeront, presque par défaut, dans la clandestinité ou seraient obligées de rentrer chez elles”, analyse un observateur local. La communauté marocaine en Espagne compte près d’un million de personnes. Risquent-elles des expulsions masquées ? Quelle serait la réaction des autorités marocaines ? Wait and see !

 

Religion, la guerre secrète

Depuis quelques années, le Maroc bataille secrètement pour avoir le contrôle sur ce qu’on pourrait appeler l’islam d’Espagne. Le royaume veut en effet capitaliser sur son expérience en France et sur le nombre important de Marocains résidant en Espagne pour espérer représenter tous les musulmans vivant sur place. Ces manœuvres n’ont évidemment pas échappé aux autorités ibériques, qui ont fini par installer un Syrien, membre des Frères musulmans, en tant que porte-parole des musulmans d’Espagne. Le Maroc n’a pas baissé les bras pour autant. Il a en effet encouragé la création d’une organisation regroupant les associations islamiques marocaines d’Espagne, et qui parlent, elle aussi, au nom des musulmans installés en terre ibérique. Cette guerre secrète a une autre facette. “Le Maroc essaie par exemple d’influencer certains imams de Sebta et de Melilia pour prier pour le roi, en signe d’allégeance. En face, l’Espagne favorise certains mouvements salafistes ou chiites pour casser l’hégémonie de l’islam sunnite à la marocaine”, conclut Nabil Driouch.